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21-22 mars 2003 LES
ETUDES CLASSIQUES FACE AUX EXIGENCES compte-rendu
transmis |
Quarante-deux
participants.
Le Ministre X. DARCOS et son chef de Cabinet se sont
excusés
Heinz Wismann rappelle les attentes de ce colloque: réunion de travail préparatoire au colloque qui se tiendra à Berlin en Mai avec le soutien des autorités de Bruxelles où doit être définie la façon dont l'Europe conçoit son rapport à l'Antiquité. Nous devons dégager des perspectives et des propositions.
Pierre Judet de la Combe fait un historique de la situation actuelle dans une perspective comparatiste : il montre, à travers une analyse des systèmes allemand, anglais, italien et français, que les divers pays européens ont reconstruit l'antiquité à leur façon et que la situation des études antiques est très diverse. Les questions posées actuellement sont anciennes : enseigner la langue ou la culture ? Conserver le trinôme français-latin-grec ? Les arguments pour attaquer ou défendre les langues anciennes sont toujours les mêmes. Actuellement, les deux critères de légitimité pour tenir la culture semblent être l'histoire et la philosophie.
1 - ETAT DES LIEUX dans l'enseignement secondaire et supérieur
Intervention de
la CNARELA :
Marie Hélène Menaut est intervenue sur les
effectifs et a interprété les chiffres fournis par le
Ministère (ils ne sont pas si catastrophiques que d'aucuns
l'affirment), sur l'ouverture des concours autres qu'Ulm ou ENS Lyon
aux classes préparatoires littéraires, sur l'escamotage
délibéré de la formation des maîtres en
latin-grec, sur le dynamisme des professeurs de lettres classiques
face aux réformes; Isabelle Lejault a rendu compte de
la situation et de la pédagogie dans les lycées,
Mireille Ko dans les collèges; Dominique Cauquil a
évoqué l'expérience du bilinguisme et
présenté les Etats Généraux. Vous pourrez
lire leurs interventions dans les prochains Cahiers de la
CNARELA
IDEES FORCES: revaloriser la filière littéraire, améliorer la formation des maîtres en langues anciennes, aider les professeurs dans leurs pratiques (formation continue) et valider les langues anciennes aux examens de façon à rendre ces options crédibles et reconnues
Intervention de
l'APLAES :
Michel Perrin, Paul Demont , Gérard Freyburger,
M.Parisse
Michel Perrin souligne que le vivier des langues anciennes, la filière L du lycée, se porte mal, que les plans quadriennaux sont mortifères pour les langues anciennes, qui se trouvent en concurrence dans certaines universités avec la psychologie, les arts plastiques, les sciences du sport, le théâtre. La gestion des sections de débutants, de plus en plus nombreux , est difficile.
La filière latin-grec est à maintenir, mais à dépasser : les langues anciennes doivent intervenir en philosophie, en droit, en histoire des sciences, en histoire de l'art, dans l'apprentissage des langues romanes.
Pour éviter l'opposition lettres modernes/lettres classiques, il suggère que les textes étudiés en latin et en grec s'étendent aux auteurs tardifs, jusqu'à la Renaissance, que les textes soient abordés sous plusieurs angles : traduction, mais aussi littérature comparée, textes fondateurs, arts plastiques
Paul Demont a insisté sur le cursus sélectif qui caractérise le système français, notamment en ce qui concerne les langues anciennes ; il commence à être élargi : une option latin ou grec a été ouvert à l'IEP de Paris (50 étudiants environ suivent cet enseignement); il souhaiterait que le latin ou le grec soient possibles au concours d'entrée à la place de la langue vivante II , comme c'est le cas pour les grandes écoles de commerce pour les élèves es classes préparatoires littéraires ...
Les masters de recherche (maîtrise + DEA) : les langues anciennes ne se limitent pas aux masters disciplinaires, mais les Antiquités classiques doivent être associées à d'autres masters : philosophie, droit, histoire ancienne, langues.
Les concours de recrutement annuels et nationaux lettres modernes, lettres classiques.
Le lien entre le français et ses origines latines suffit à justifier l'option "latin" dans un CAPES de Lettres. Pour comprendre le fondement de la culture occidentale, le grec doit être introduit, d'autant plus que le grec est encore parlé. Le trinôme français-latin-grec doit être maintenu.
G. Freyburger s'est penché sur la notion de citoyenneté à Rome de l'époque royale à l'époque républicaine, puis impériale; il a montré comment l'Antiquité était un exemple, sans être nécessairement un modèle, pour comprendre l'échange de droits et de devoirs, la large ouverture de l'intégration de populations étrangères et la solide armature juridique qu'impliquait la citoyenneté.
Michel Parisse, médiéviste : on ne saurait faire d'études médiévales sans lire et comprendre le latin ; les philosophes, les historiens, les latinistes doivent collaborer ; il est nécessaire d'introduire la lecture du latin médiéval à côté du latin classique ; la lecture de l'Ancien testament, de la Vulgate, permet de comprendre les uvres picturales modernes.
IDEES FORCES: nécessité de maintenir une filière classique et de s'ouvrir aux autres disciplines; l'étude de la langue et de la culture antique permet de les appréhender en profondeur, de comprendre la culture européenne.
J.M. Cerda ( Lycée Malraux, académie de Lille) a fait état de son expérience en lycée technique d'apprentissage du latin et du grec de façon complémentaire, non pour traduire, mais pour lire des textes et mieux les comprendre.
II - PERSPECTIVES
M. Baratin ( président du CNU), Carlos Levy ( Paris IV), Renaud Robert ( archéologue)
Marc Baratin : le rapport de l'enseignement du latin avec celui du français occupe une place trop importante et cet enseignement, inadapté pour servir ceux qui l'utilisent (historiens, philosophes, juristes, médiévistes ) est improductif en soi.
Il faut donc reconsidérer les liens existants entre les disciplines et les concours de recrutement.
Carlos Levy : - insiste sur la nécessité de dissocier l'enseignement et la recherche : on peut envisager, à côté de l'Agrégation, concours de recrutement à l'enseignement secondaire, une Agrégation d'accès à l'enseignement supérieur intitulée "Sciences de l'Antiquité" avec des options dominantes : philosophie antique, histoire antique, etc.
- soulève la question : comment faire accepter aux lettres Modernes la nécessité d'apprendre la civilisation latine et de passer à l'agrégation une épreuve de latin?
- souligne le décalage entre les études de lettres classiques et le nombre de thèses littéraires en déclin.
- indique une ouverture aux autre métiers que l'enseignement; à Paris IV sera créé en 2004 un DEUG "Lettres classiques-monde contemporain" préparant aux concours administratifs, aux métiers du journalisme.
L'apprentissage des langues anciennes soit est une fin en soi, soit vise à former des prestataires de service pour les autres disciplines qui ne peuvent se passer du travail sur la langue. Or l'enseignement actuel des langues anciennes est inadapté aux besoins actuels de la recherche. Carlos Lévy propose que le latin soit obligatoire non seulement en lettres modernes, mais aussi en histoire et en philosophie, avec un pédagogie et un programme adaptés.
Renaud Robert : met en évidence la nécessité pour l'historien ou l'archéologue digne de ce nom d'aborder l'étude des textes dans la langue d'origine et non en traduction et montre que l'ancrage dans les textes est de plus en plus fondamental face au fantasme de reconstitution en trois dimensions actuel : plus l'archéologue se coupe des textes, plus il les considère comme biaisés, plus il s'en remet à l'objet qui seul dit vrai.
Le latin est au cur d'un ensemble de disciplines, alors que son enseignement est presque tout entier centré sur le français. Cependant, le couper du français est le couper de l'essentiel de ses débouchés professionnels.
IDEES FORCES : ouverture des autres disciplines à la lecture des textes anciens, réforme des concours en maintenant l'études des langues anciennes, mais autrement, nécessité pour l'historien et l'archéologue d'examiner le texte dans la langue.
P. Soler ( IG lettres classiques) , G. Cherqui ( IPR LC Académie de Grenoble), R. Nallet (IPR LC Académie de Lyon)
Patrice Soler : L'argumentaire à élaborer doit avoir une cohérence interne au système français : le B.O. du 7 août 2000, qui met l'accent sur la rigueur, la dialectique identité/altérité et l'ouverture sur l'imaginaire, qui met en avant l' "utile", a été commenté comme un texte de reconquête du latin et du grec dans l'alliance qui y est soulignée avec les autres disciplines (philosophie, histoire, L.V.) et qui valorise l' "honestum".
L'argumentaire doit avoir également une cohérence vers l'Europe dont la base culturelle n'est pas seulement l'héritage gréco-romain : l'héritage judéo-chrétien aussi doit intervenir dans l'enseignement, du fait religieux particulièrement.
Il faut "actualiser" la brochure de la DESCO " Enseigner les langues anciennes au lycée " et se l'"approprier" de manière active.
On encourage les professeurs à un "suivi de district".
L'identité du professeur de français est "difractée"; il est regrettable que le professeur de français n'ait pas les mêmes élèves en latin et en grec.
Guy Cherqui
Il dénonce la situation indigne dans les lycées où le professeur enseigne à trois niveaux à des heures "impossibles": 18 h à 19 h.
Il dénonce aussi un appareil didactique et pédagogique inadapté; il engage les professeurs à s'inspirer de l'enseignement du français et des langues vivantes.
Il stigmatise le tourisme pédagogique et les programmes conservateurs.
Un choix est à faire : ou bien l'enseignement des L.A. est une enseignement d'élite et il faut le reporter à l'université, ou bien il est un enseignement pour tous et il faut alors tout revoir, didactique et pédagogie. Il faut définir des objectifs linguistiques clairs et rigoureux et élargir le corpus.
Il faut rendre à la langue sa fonction de communication (oraliser l'apprentissage, faire écrire en latin et en grec). En tout cas, une L.A. obligatoire est nécessaire en filière L.
Comment défendre l'apprentissage de la langue? Réponse: dans tous les domaines, l'apprentissage de la langue est pertinent, donc être défendu.
René Nallet :
Il faut des incitations fortes pour rénover les langues anciennes : certains recteurs (Créteil, Grenoble) ont initié des réunions de travail pour explorer des pistes.
Le recteur de Lyon a supprimé tout seuil
IDEE- FORCE : l'institution se doit d'aider les professeurs de Langues anciennes.