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Le Capes de Lettres classiques en question ?
Un texte du Haut Comité de Suivi des Concours semble proposer la fusion des CAPES de lettres classiques et de Lettres modernes. Ce texte a été diffusé sur Internet et se trouve à cette adresse : http://www.sauv.net/hcsc200402.php
Cette perspective de fusion
crée évidemment un problème majeur, et provoque
de très vives protestations.
La CNARELA a pris une position unanime lors de son assemblée
générale du samedi 15 mai.
Elle demande une audience au nouveau Ministre, ainsi qu' au
Conseiller à l'éducation auprès du
Président de la République, en particulier pour cette
question du CAPES.
Une affiche Thalassa pour la Cnarela
STOP à la destruction de la culture classique et des langues anciennes.
Actualité / Actions APLG
Analyses
et contributions au débat
L'avenir
du Capes de Lettres Classiques en question ?
Motion de la Cnarela
Communiqué de presse du SNES
Contribution de Philippe Joussain
Position de la CNARELA
Motion sur le CAPES de lettres Classiques, votée à
l'unanimité par l'Assemblée Générale de
la Cnarela, le samedi 15 mai.
Les associations régionales membres de la CNARELA, réunies en assemblée générale à Paris le 15 mai 2004,
inquiètes de la " recommandation " formulée par le Haut Comité de Suivi des Concours (février 2004) concernant le fusion en un seul concours des C.AP.E.S. de Lettres Classiques et de Lettres Modernes
contestent le bien fondé des analyses et des arguments sur lesquels s'appuient cette " recommandation ",
demandent
-que le C.A.P.E.S. de Lettres Classiques reste un concours
spécifique (il faut que les Langues Anciennes soient
enseignées par des spécialistes dont les
compétences doivent être évaluées au
concours dès les épreuves écrites),
-que la rénovation du C.A.P.E.S. de Lettres Classiques soit
menée, y compris pour la rédaction des conclusions, en
concertation avec les associations de spécialistes, qui
regroupent des enseignants du Collège, du Lycée et de
l'Université.
Le SNES national a publié le
28 avril 2004 ce communiqué de presse :
Menaces sur l'existence du capes de lettres classiquesDes projets circulent émanant du Haut Comité de Suivi des concours concernant la question des recrutements des professeurs de lettres des collèges et des lycées d'enseignement général et technologique. Le SNES n'a pas reçu communication officielle du projet remis par le Haut Comité au Cabinet du Ministre et aucune consultation n'a été engagée.
En l'état les projets qui circulent sont un casus belli puisqu'une recommandation de février 2004 estimerait préférable de n'avoir qu'un seul concours « CAPES de lettres » avec deux options (« langues et culture européennes ou régionales, langues et culture de l'antiquité ») et ne prévoirait que deux épreuves d'admissibilité : composition française et étude de la langue française sans aucune évaluation des compétences linguistiques en latin et en grec, renvoyée à l'oral.
Si le SNES est favorable à une rénovation des deux CAPES permettant d'améliorer la formation des futurs professeurs de lettres en collège et en lycée, notamment en matière d'étude de la langue française (linguistique, lexicologie, système graphique, morphologie et syntaxe, fonctionnement des discours), ce qui suppose un débat avec la profession et avec les universitaires, il est totalement opposé à toute fusion de ces concours : les langues anciennes doivent continuer à être enseignées par des spécialistes, leur enseignement doit être préservé, développé et rendu accessible au plus grand nombre.
Contribution
de notre collègue Philippe Joussain (21/04/04)
J'ai été alerté par la publication récente sur le site www.sauv.net d'un texte du Haut Comité de Suivi des Concours, qui prévoit la fusion des CAPES de Lettres classiques et Modernes.
Un tel projet me paraît dangereux et inopportun, en même temps qu'il constitue une véritable agression psychologique vis-à-vis des Langues Anciennes et de leurs enseignants passés, présents et futurs.
- ses analyses reposent sur une méconnaissance grave des réalités du terrain, notamment le nombre d'élèves étudiant le Latin et aussi le Grec au Collège, ainsi que sur une analyse tendancieuse des phénomènes constatés en lycée (érosion des effectifs en Langues Anciennes et dans la série L, concurrence des TPE, jugés plus rentables à l'examen terminal) et dans le supérieur (tarissement du vivier, mais qui est la conséquence prévisible de celui que l'on peut constater dans le second degré). Tout se passe comme si le Haut Comité de Suivi des Concours avait déjà prévu in pectore la liquidation des Langues Anciennes.
- des présupposés didactiques contestables, puisque la question des langues anciennes, n'est évoquée que de manière incidente, présentée comme une option (littérature et civilisation, allant jusqu'à se limiter, horresco referens, à un oral à partir de textes traduits!!!...) ou du moins en ce qui concerne le Latin, comme un élément jugé nécessaire dans la connaissance de l'évolution de la Langue Française.
- à aucun moment de ce texte les langues anciennes ne sont envisagées en elles-mêmes comme des objets d'enseignement, ni dans leurs rapports épistémologiques élargis avec d'autres disciplines.
-sa mise en oeuvre ne pourrait avoir que des conséquences catastrophiques : si les concours sont fusionnés, et que le nombre de postes par option est fongible, rien ne garantira que seront recrutés en nombre suffisant les spécialistes de Langues Anciennes dont le second degré a besoin.
Nombre de collègues issus de la licence ès-lettres modernes se retrouveraient dans l'obligation d'enseigner le latin, sans pour autant avoir les connaissances nécessaires pour le faire. Nombre de collègues issus de la filière lettres classiques se retrouveraient toute leur carrière durant à n'enseigner que le français, alors que ce n'est pas leur projet. La fusion des concours entraînerait la fusion des procédures d'affectation, et rendrait alors possible la liquidation des langues anciennes dans le second degré.
Les conséquences d'un tel projet se révèleront catastrophiques, et leurs initiateurs semblent en négliger les conséquences:
- dans le domaine des études littéraires: la connaissance d'une langue ancienne, je dis bien d'une langue, permet l'approche des textes en langue originale, ce n'est pas la même chose qu'à partir d'une traduction. C'est tout simplement un "devoir philologique" que de fonder toute étude des faits de langue sur la langue originale, et non sur des traductions. L'impasse sur cette réalité aboutira nécessairement à des formations lacunaires, au détriment du sérieux et de la qualité de l'enseignement dû aux élèves, plus nombreux qu'on veut bien le croire à s'intéresser aux aspects purement grammaticaux des langues anciennes.
- dans le domaine des études historiques : aurait-on oublié que les travaux de recherches en histoire ancienne et médiévale exigent la connaissance de la langue latine (et du grec pour l'histoire grecque) dès que l'on atteint un certain niveau. Ce ne sont pas les quelques cours d'initiation prodigués aux étudiants de DEUG de ces disciplines qui vont remplacer en terme de pratique de la langue l'équivalent de 6 ans de pratique du latin de la 5ème à la terminale. Faire croire le contraire est une forme d'escroquerie qui n'est pas que morale, car elle touche à l'utilisation des deniers publics.
- dans le domaine des études médicales: depuis quelques temps, les psychiatres hospitaliers (professeurs ou maîtres de conférence des Facultés de Médecine) constatent les lacunes de formation générale chez leurs étudiants, recrutés trop exclusivement sur la base de savoirs scientifique, négligeant tout ce que la littérature et la philosophie antique pouvait apporter en terme de connaissance du psychisme humain.
Un tel projet de fusion des concours est aussi une insulte à la pratique quotidienne des professeurs de Lettres classiques, qui ont sans doute plus renouvelé leur enseignement que d'autres, et n'ont pas attendu les nouveaux programmes pour intégrer à leur pratique traditionnelle les apports de l'iconographie et de l'informatique.
Les professeurs de Lettres classiques sont attachés à l'identité et la spécificité de leurs disciplines, nous devons donc avoir une réaction claire, sans équivoque, sans compromission, car la fusion de nos disciplines dans un unique CAPES de Français-Lettres n'est tout simplement pas négociable. Plus que jamais, le Latin et le Grec doivent demeurer des composantes fortes d'un véritable enseignement humaniste. L'idéal de l'honnête homme, le kalos kagathos, des Grecs anciens, doit pouvoir continuer à faire partie de l'humanisme à la Française.
« Quoi qu'il arrive la flamme de la Résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. »
Philippe
JOUSSAIN
Professeur de Lettres classiques
Collège Chevreul, ANGERS
Élu à la Commission Académique du SNES des Pays
de Loire