En hommage à

Odette Touchefeu-Meynier

En Tunisie, en 1984

 
Odette

Touchefeu-Meynier

 

présidente d'honneur de l'APLG

brusquement décédée

le 21 avril 2006,

à l'âge de 77 ans

 

Sa disparition est une épreuve pour tous ceux
qu'elle avait éclairés de sa présence,
de son humanité, de ses connaissances,
de sa générosité, de son affection.
Nous pensons beaucoup à elle
.

 

 

Odette Touchefeu est brusquement décédée le 21 avril 2006, à l'âge de 77 ans.

Fille d'Yvonne et d'André Meynier, elle avait épousé Maurice Touchefeu en 1950.

Six enfants naquirent de cette union. Pendant 15 ans, Odette fut d'abord en charge de ces enfants dont le nombre s'élargissait au fil des années.

Spécialiste des images grecques

Dans le même temps, elle travaillait à une thèse de doctorat, qu'elle put soutenir en 1969. Cette thèse était consacrée aux Thèmes odysséens dans l'art antique. Selon les règles d'alors, cette thèse principale était accompagnée d'une thèse secondaire : dans la collection du Corpus vasorum antiquorum, Odette établit le catalogue des collections antiques des musées de Limoges et de Vannes.

Elle obtient enfin un poste de grec ancien à l'université de Nantes, comme assistante en 1967. Elle gravit progressivement les échelons d'une carrière universitaire, fut nommée professeur en 1987.

Elle publia de nombreuses études dans des revues scientifiques et pédagogiques.

Elle contribua à la vaste entreprise du LIMC (Lexicum iconographicum mythologicae classicae). Pour cette somme iconographique, elle rédigea une cinquantaine de notices consacrées à des personnages mythologiques, établissant le catalogue commenté de toutes les représentations iconographiques antiques connues qui leur étaient consacrées. Certaines de ces notices constituaient des articles de grande ampleur.

Dans ce cadre, elle accomplit de nombreuses missions archéologiques en Egypte, au Soudan, en Tunisie.

Elle était liée au
Centre Louis Gernet, fondé par Jean-Pierre Vernant et dirigé ensuite successivement par Pierre Vidal-Naquet, François Hartog et actuellement par François Lissarrague. Elle y trouva des amis qui lui devinrent très chers.

Dès 1963, elle publiait pour la Documentation française un dossier intitulé Images pour Homère.

Dans ces années 80, Odette mit en place l'association Hermès, réunissant des professeurs et des étudiants, de lettres classiques et d'histoire : cette association réalisait des montages audiovisuels consacrés à l'antiquité, et allait les présenter dans les classes à l'invitation des enseignants.

Avec des collègues et amies, elle publia en 1991, avec le CRDP de Nantes et l'Association Hermès, un dossier Images d'Héraklès . En 1997, elle coordonnait un dossier iconographique A la Rencontre d'Ulysse, édité par Hermès et par l'APLG.

En février 2000, elle publiait dans la collection La Documentation photographique (La Documentation française), un riche numéro intitulé Homère, un héritage.

Ces dernières années, elle avait apporté son concours à l'exposition Vases en voyages, qui fut présentée d'abord au musée Dobrée à Nantes, en 2004, et qui continue actuellement son périple dans les musées de l'Ouest (au musée de Cholet depuis le 6 juin).

 

 

Animatrice de l'APLG

Elle avait participé à la fondation de l'APLG, créée en en 1970 à l'initiative de Louis Holtz, directeur de la section de langues anciennes de l'université de Nantes, et fut depuis le début membre du bureau de l'association (alors "Amicale des professeurs de latin et de grec").

De 1983 à 1994, elle assura une présidence très dynamique de l'APLG.

C'est ainsi qu'en 1984, elle organisait avec le bureau de l'APLG des Semaines de l'Antiquité :

*Journées pédagogiques de l'APLG les 14 et 15 mars 1984 (plus d'une centaine de professeurs réunis au CRPD), avec des intervenants de grande qualité
*Exposition au CRPD de travaux faits par des élèves (visitée par 1800 élèves en avril et reprise en novembre, où plus de 2000 élèves vinrent alors la voir)
*Semaine du film antique du 11 au 18 avril

En 1985, elle faisait venir à Nantes, au Palais de la Bourse (lieux aujourd'hui occupés par la FNAC), une prestigieuse exposition photographique sur les vases grecs, La Cité des images, exposition créée par le Centre Louis Gernet et l'Institut d'archéologie et d'Histoire ancienne de l'université de Lausanne. Cette exposition organisée en partenariat avec les départements de langues anciennes et d'histoire ancienne de l'université, l'Association hellénique de Loire-Atlantique et la Chambre de Commerce connut un grand succès.

L'habitude fut prise pendant quelques années de ce que nous appelions la "grande journée" de l'APLG, qui, dans le cadre de la formation continue, permettait de faire venir des conférenciers remarquables.

En 1987, cette journée était organisée autour de la venue de Jean-Pierre Vernant.
En 1988, le thème était « Images et représentations dans la Rome antique ».
En 1990, Pierre Monat venait de Besançon parler de la science romaine.

Ces Journées constituaient un rendez-vous dynamique, rassemblant une centaine de professeurs de lettres classiques.

En mars 1991, l'APLG organisait un stage interacadémique, qui réunissait à Casson (près de Nantes) pendant 4 jours, une trentaine de collègues venus de 6 académies, avec l'appui des Mafpen et des IPR des académies concernées.

Odette quitta la présidente de l'APLG en 1994, mais resta membre du bureau, comme présidente d'honneur. Bien des réunions du bureau se tenaient chez elle, 107 avenue de la Baraudière (le «107»)…

 

Avec la CNARELA

Quand la CNARELA se constitua, à l'initiative d'une équipe réunie autour d'Odile Mortier-Waldschmidt, Odette vit tout de suite l'importance d'une telle coordination nationale des associations régionales.

Le 22 avril 1981, l'APLG apporta son adhésion à la jeune CNARELA. Odette fut bientôt associée au bureau de la CNARELA, elle en devint vice-présidente.

La CNARELA, c'était aussi des congrès, des colloques (le premier congrès de Lyon-Caluire en 1986), des universités d'été (à Montpellier, à Carcassonne), beaucoup d'échanges et un très fécond travail de réflexion pédagogique.

 

 

Des années difficiles et courageuses

1999, le décès de son mari, après une douloureuse maladie, fut pour elle une épreuve très difficile (Maurice Touchefeu, professeur de latin à l'université de Nantes, avait lui aussi accompagné l'APLG depuis les débuts de l'Association, en 1970).

L'arrivée d'une grave déficience visuelle (la DMLA) s'ajouta à ce deuil et compliqua beaucoup sa vie. Elle ne pouvait plus lire qu'avec le secours de loupes électroniques. Sa vie quotidienne, ses déplacements, ses rapports avec les autres (qu'elle voyait très mal) : tout devenait plus difficile.
Elle résistait avec courage, ne voulait pas renoncer au travail intellectuel (elle avait été très heureuse d'apporter sa contribution à l'exposition Vases en voyage, inaugurée au musée Dobrée à Nantes. Ces derniers mois -et ces derniers jours- elle travaillait à une étude consacrée au vicomte de Roton qui publia beaucoup de dessins d'après des vases grecs sous la signature de NOTOR. Elle cultivait des amitiés précieuses, elle continuait à accompagner au mieux l'APLG.

Le jeudi 20 avril, la veille de sa mort, elle était heureuse d'accueillir une collègue amie, Agnès Rouveret, qui venait tenir une conférence sur la peinture grecque, au musée des beaux-arts de Nantes, dans le cadre des Journées de l'Antiquité organisées dans la Région. La conférence était passionnante, Odette était ravie. Le soir, dans un repas chaleureux, Agnès Rouveret évoqua l'image du Plongeur trouvée dans une tombe de Paestum. Le lendemain soir, Odette regardait sur Internet, avec l'aide de Claire, l'une de ses filles, cette image étonnante.

 

 

Tombe du Plongeur. Peinture, Paestum

Quelques moments après, elle s'écroulait brusquement.

 

 

Odette Touchefeu-Meynier attachait autant de valeur à la rigueur scientifique de la recherche universitaire qu'à la qualité des rapports humains qui se nouaient dans le travail associatif et dans la relation pédagogique. Beaucoup de ses étudiants ont été fortement marqués par sa rencontre.
Nombreux furent ceux qui devinrent pour elle des amis.

Elle fit beaucoup pour les langues anciennes, pour l'APLG
Nous lui devons beaucoup.

Nous gardons son souvenir avec émotion et reconnaissance.

    Actualité

 

 

Une cérémonie laïque d'hommage a eu lieu le mercredi 26 avril dans l'Auditorium du musée Dobrée à Nantes, dans un lieu riche de sens et éclairé par l'amitié.

Parmi les différents témoignages qui furent apportés, celui d'Odile Mortier-Waldschmidt, au nom de la CNARELA



Témoignage d'Odile Mortier-Waldschmidt
auditorium du musée Dobrée, mercredi 26 avril 2006


Quand la mort nous enlève un être cher, il est bien difficile de surmonter l'insupportable chagrin de la séparation, d'accepter le scandale absolu du "jamais plus". Pourtant, nous pouvons évoquer la défunte, pour tenter, s'il se peut, d'adoucir la douleur, de tempérer le regret, et de trouver un peu de réconfort à nous remémorer son sourire et sa présence.

Permettez-moi, donc, de vous raconter comment j'ai connu Odette Touchefeu-Meynier.

En 1979 venaient tout juste de se créer quatre associations régionales d'enseignants de langues anciennes, à Besançon, à Bordeaux, à Caen, à Amiens. Elles s'étaient constituées en réaction à la vision de l'Antiquité que proposait alors l'enseignement du latin et du grec, vision terriblement conservatrice, voire figée. Beaucoup d'enseignants avaient conscience que les élèves de la fin du XXè siècle ne pouvaient plus adhérer d'emblée, comme leurs prédécesseurs, à cette culture de l'Antiquité, et qu'il était urgent, si l'on voulait sauver l'enseignement du latin et du grec, d'en changer radicalement les modalités d'appréhension. Se plaçant dans la mouvance de Jean-Pierre Vernant et de Pierre Vidal-Naquet, ces nouvelles associations voulaient offrir un nouveau regard sur l'Antiquité, en utilisant les ressources de l'anthropologie, de la linguistique et de la littérature comparée, en intégrant également les techniques modernes.

Ces quatre associations ont décidé de se rencontrer régulièrement pour échanger et mettre en commun informations, idées, initiatives, etc. La coordination nationale, informelle, était née. J'en étais la secrétaire.

Dans les mois qui ont suivi, de nombreuses autres régions ont à leur tour créé une association du même genre, et celle-ci venait tout naturellement rejoindre la coordination.

Le cas de Nantes est particulier. Odette ne manquait jamais une occasion de me rappeler avec fierté que l'association de Nantes avait été une pionnière; en effet, elle avait, de loin, précédé toutes les autres, puisqu'elle s'était constituée en octobre 1969, sous le sigle toujours conservé aujourd'hui d'APLG, mais le A signifiait Amicale: "Amicale des professeurs de latin et de grec de l'enseignement public de l'Académie de Nantes".

Toujours est-il que l'APLG, dès 1980, a participé aux réunions de la coordination nationale. La présidente de l'APLG était alors Simone Jaunais, qui nous a quittés il y a peu, et la correspondante de la Coordination était Monique Baulande. L'APLG était l'une de nos plus grosses associations: en 1982, elle comptait 111 membres, dont 97 enseignants du secondaire, 11 enseignants du supérieur, et 3 IPR.

Puis, voici que la nécessité est apparue de donner à la coordination nationale une existence légale, c'est-à-dire de la déclarer et de créer une association selon la loi de 1901. La CNARELA, forte de 22 associations régionales, a vu le jour, par une déclaration publiée au Journal Officiel, le 23 février 1984. Parmi les membres du bureau qui fut alors officiellement constitué, on lit le nom d'Odette Touchefeu. Odette était aussi, à cette date, devenue la présidente de l'APLG. Elle cumulera longtemps ces deux fonctions, pourtant lourdes. Plusieurs fois réélue au bureau de la CNARELA, elle participera pleinement, avec ardeur, avec conviction, aux discussions, aux décisions, aux événements tout simplement, qui ponctuaient la vie de la CNARELA. Il faut savoir qu'il n'était pas anodin alors de s'afficher à la CNARELA comme membre du bureau, parce que celle-ci était très mal vue du milieu universitaire...

C'est lors de ces années que j'ai appris à connaître Odette. C'est lors de ces années que s'est forgée en moi une profonde estime pour sa personnalité enthousiaste, généreuse, constamment en action. Mais j'ai mis du temps à la connaître. C'est sa faute: Odette était la modestie personnifiée. Jamais on ne l'a vue se mettre en avant, revendiquer quelque privilège que ce soit pour elle-même. En revanche, quand il s'agissait de défendre ceux en qui et ce à quoi elle croyait, alors elle était intraitable.

Ceux en qui, ce à quoi elle croyait... Odette était animée de la foi qui soulève les montagnes, une foi laïque: la foi en l'être humain. Elle croyait au progrès, elle croyait en la capacité des gens à se passionner et à se dévouer, tout simplement parce qu'elle-même ne cessait pas de se passionner et de se dévouer. Cette foi a été le moteur de son engagement, un engagement de tous les instants, infatigable, exigeant, courageux.

Cette foi en l'autre, fides, s'accompagnait naturellement d'une grande fidélité, et aussi d'un respect et d'une tolérance infinis. Odette, qui tenait avant tout à la liberté de pensée, s'interdisait rigoureusement d'empiéter sur celle des autres, quoi qu'il advienne.

Telle était l'Odette que j'ai connue et que je n'oublierai pas.

Il se trouve que notre amie nous quitte au moment où paraît, aux éditions des Belles-Lettres, un livre intitulé Musique et Antiquité, qui publie les Actes du colloque organisé par la CNARELA à Amiens lors des Journées d'octobre 2004. Le colloque d'Amiens commémorait les 20 ans de la CNARELA et devait donc avoir de l'éclat. Nous nous sommes adressés à Jean-Pierre Vernant, à Jacques Lacarrière, à Claude Calame, à Pierre Brunel... J'ai demandé à Odette de nous faire une communication sur le thème de la musique dans la céramique grecque, considérant d'une part que nul n'en parlerait mieux qu'elle, et d'autre part que les 20 ans de la CNARELA ne pouvaient se fêter sans sa présence active. Malheureusement, pour raisons de santé, elle a décliné mon offre, mais elle m'a fourni le nom et les coordonnées de celle qui l'a en effet remplacée, Madame Kaufmann-Samaras, et elle m'a procuré une très belle photo d'un vase représentant une musicienne, photo qui a été l'affiche du colloque.

Je voulais, bien sûr, offrir ce livre à Odette. Au nom de Marie-Hélène Menaut, présidente de la CNARELA, et du bureau, je le donnerai à son fils Yves, président de l'APLG, qui a hérité de sa mère la volonté de l'engagement. Il suffit de voir la superbe brochure (superbe pour la forme mais surtout pour le fond) qui présente les Journées de l'Antiquité dans la Région des pays de la Loire, édition 2006, pour comprendre que la passion et le dévouement d'Odette survivent en son fils.

Que ce livre te dise, à toi, Yves, et à tous les amis de l'APLG, la reconnaissance de la CNARELA à l'égard d'Odette. Sachez que nous sommes fiers et heureux de l'avoir connue et d'avoir partagé avec elles tant de moments, pénibles ou exaltants, pour que vive le latin et que vive le grec.


Odile Mortier-Waldschmidt, Présidente d'honneur de la CNARELA

 

 
 

Grâce à l'amitié de Pierre Campion, on peut lire sur le site du lycée Chateaubriand de Rennes un article d'Odette Touchefeu antérieurement publié dans le numéro 6 de la revue Atala :
Images de l'Antiquité : quels regards ?

 

 

 

 

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